Rue de la République : la grogne des commerçants

Rue de la République : la grogne des commerçants

On aimerait bien savoir si les caisses se remplissent, dans les jolies boutiques de la rue de la République. Après 7 ans de rénovations intensives, on se demande si l’attractivité est au rendez-vous. Pour en savoir plus, nous avons rendu visite à Frédéric Jeanjean, représentant des commerçants du coin. Côté investisseurs, Jean-Claude Aznavour, directeur de l’opérateur immobilier Atemi, nous a fait part de son point de vue.

Un quartier qui fait peau neuve


La nouvelle rue de la République, c’est plus d’un milliard d’euros d’investissement. Sur une allée de seulement 1 100 m, c’est tout de même une belle somme ! Pour ce qui est du shopping, Atemi loue plus de 250 commerces. Son seul concurrent, l’ANF, gère plus d’une centaine de baux commerciaux dans la même zone. Avec plus de 5 700 logements et 120 000 m2 de commerces, le quartier souhaite incontestablement attirer les foules.


D’ailleurs, l’artère ne cesse de monter en cote depuis sa réhabilitation. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, le prix du logement y a été multiplié par 5 en dix ans. Un appartement de 100 m2 coûte 300 000 euros aujourd’hui, contre 60 000 euros à l’époque. Une explosion des prix qui s’explique par les rénovations et aménagements en tout genre qui offrent un nouveau standing à une République, autrefois délabrée.


Les promoteurs du coin ne s’en cachent pas, les magnifiques appartements haussmanniens fraîchement rénovés visent une clientèle aisée. Un peu dans le même esprit, de grandes enseignes de mode y poussent comme des champignons. En se baladant dans la rue on y trouve un Mango, un Temps Des Cerises et bien sûr l’incontournable Star Buck Coffee. Un large choix de boutiques qui collent à la peau des classes moyennes sup. Une intuition confirmée par Jordy Pons, gérant de la boutique Temps des Cerises : « Honnêtement, notre clientèle régulière c’est plutôt les CSP+ ».


Installée à proximité du Vieux-Port et de la Porte d’Aix, la rue de la République jouit d’un emplacement stratégique. Un endroit pas mal fréquenté par les touristes, étudiants et travailleurs des alentours. Teddy, qui prépare une licence d’éco à la fac de Colbert se réjouit d’un coin détente à deux pas de la fac : « Je vais souvent flâner dans les boutiques ou le Star Buck du coin pour tuer le temps entre deux cours. Ça me change de la rue Colbert… » Reste à savoir s’ils sont nombreux à suivre son exemple…


Le succès se fait attendre


À en entendre les commerçants, l’affluence tant attendue n’est pas au rendez-vous. Ici, Fréderic Jeanjean, président de l’association des Commerçants Bourse-République, parle carrément de promesses non tenues : « Les bailleurs avaient promis aux commerçants une fréquentation importante qu’on attend toujours. Si le quartier s’en sort aujourd’hui c’est grâce aux touristes ». Sans doute, il est difficile de toucher le gros lot immédiatement quand les boutiques de Saint Fé, Paradis ou de la Canebière sont à deux pas de la République. Un peu plus loin, le retard des rénovations de la rue vers la porte d’Aix, frustre un peu plus les commerçants.


Les opérateurs paraissent moins pessimistes, Atemi et ANF annoncent un chiffre d’affaires en progression sur l’ensemble de la rue. Un bilan positif confirmé par pas mal de patrons, qui toutefois s’attendaient à mieux. Farid Merad, propriétaire du bar à vin Le Perroquet Bleu, témoigne : « Je vois une progression seulement cette année et cela fait trois ans que je suis là. Il faut dire que les travaux ont eu 2 ans de retard du côté de Sadi Carnot. J’espère que la République tiendra toutes ses promesses quand la deuxième partie de la rue sera finie. »


Une addition salée pour les commerçants


Les recettes sont en chute libre pour d’autres, comme Patricia Gazelle, une audioprothésiste de l’artère : « C’est très bien d’avoir rénové la rue mais j’ai beaucoup souffert pendant les travaux. Aujourd’hui ma clientèle n’est pas totalement revenue et mon loyer a presque triplé. Je m’en sors difficilement… »


Le loyer des commerçants, un sujet très épineux dans le coin. Un bail commercial, multiplié par trois, voire plus, en moins de cinq ans, ça paraît tout de même énorme. Jean-Claude Aznavour, directeur d’Atemi s’en explique : « En dehors d’un loyer fixe nous proposons des loyers progressifs. Ici, le signataire commence avec un bail avantageux qui évolue au fil du temps. Nous prenons en compte le chiffre d’affaires du patron, l’attractivité de la rue et les facteurs de commercialité. Si tous ces indices grimpent, les loyers augmentent ! »


Plus simplement, l’installation de nouveaux magasins, la hausse des bénéfices ou la construction de trois parkings dans la République se répercutent sur les baux commerciaux. Une méthode qui déplaît fortement à Fréderic Jeanjean : « En règle générale, le commerçant ne trouve pas de cohérence entre son chiffre d’affaires et le taux d’augmentation de son bail. L’opérateur met la pression quand le locataire refuse de payer. D’ailleurs en ce moment, l’ANF est en procès contre pas mal de commerçants. »


En dehors des conflits ou incompréhensions, commerçants et bailleurs croient au potentiel de la République. D’ailleurs, un futur Monoprix y ouvrira ses portes en 2013. Le projet prévoit aussi une résidence étudiante et une centaine de logements. Bref, de quoi remplir quelques cadis et peut-être redonner le sourire à certains gérants. Un premier supermarché qui tombe à pic dans une rue où il n’y a rien pour remplir son frigo.


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Laurent Marin

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