Calendes grecques : signification et synonymes

Homme âgé en robe contemplant une horloge ancienne

Remettre une tâche à plus tard, on connaît tous ça. Mais renvoyer aux calendes grecques, c’est bien pire : c’est promettre une date qui n’existera jamais. Cette locution venue tout droit de l’Antiquité romaine passionne par son ironie. Les premiers jours du mois portaient un nom précis chez les Romains : les calendes. Les Grecs, eux, n’en ont jamais connu. Reporter quelque chose aux calendes grecques, c’est donc le renvoyer à une date inexistante. Je te propose de décortiquer cette expression et ses synonymes, histoire de l’utiliser avec tout le pep’s qu’elle mérite.

Signification et origine de l’expression « renvoyer aux calendes grecques »

Dans le calendrier romain, les calendes désignaient le premier jour de chaque mois. Ce jour était consacré à Junon, reine des dieux et protectrice du mariage. Les débiteurs devaient régler leurs dettes ce jour-là, inscrites dans des calendaria, les livres de comptes officiels.

Le terme vient du latin calendae, issu du verbe calare, signifiant appeler. Chaque mois, les pontifes annonçaient publiquement les dates des fêtes mobiles, notamment les ides (le 13 ou le 15) et les nones (neuvième jour avant les ides). Le système romain comptait à rebours : le 31 mars était ainsi le premier jour avant les calendes d’avril. Une origine possiblement étrusque du terme circule aussi chez certains linguistes.

Le calendrier romain suivait initialement un cycle lunaire, les calendes coïncidant avec la nouvelle lune. C’est Jules César qui réorganisa tout vers 45 avant J.-C., établissant une année de 365 jours et une année bissextile à 366 jours.

Les Grecs utilisaient leurs propres calendriers, attique ou macédonien. Ils n’ont jamais recouru aux calendes, notion purement romaine. Auguste (63 av. J.-C., 14 ap. J.-C.) fut le premier à employer la formule Ad calendas græcas solvere pour qualifier des débiteurs insolvables : autrement dit, ne jamais payer. Suétone a consigné cette formule dans Les Vies des douze Césars, la définissant comme « le lendemain après jamais ». Une ironie aussi tranchante qu’un mistral sur le Vieux-Port.

Synonymes et expressions équivalentes aux calendes grecques

La semaine des quatre jeudis et la Saint-Glinglin

Plusieurs adages français partagent ce sens de l’impossible temporel. Le dicton « la semaine des quatre jeudis » repose sur une logique implacable : le jeudi étant l’ancien jour de repos scolaire, une semaine ne peut en compter quatre. Reporter quelque chose à cette semaine-là, c’est clairement ne jamais le faire.

« À la Saint-Glinglin » pousse la métaphore encore plus loin. Ce saint est imaginaire, issu d’une déformation du mot seing, désignant en ancien français une sonnerie de cloche. Le prénom Glinglin proviendrait d’un dialecte de Metz, lié à l’allemand klingen (sonner) et klingel (cloche). Autant dire que ce saint ne figure dans aucun calendrier.

  • Sine die : report officiel sans date fixée
  • À une date indéterminée : formulation administrative froide mais précise
  • Remettre aux lendemains qui ne viennent pas : tournure littéraire évocatrice

Des traces dans la littérature française

Ces expressions ont traversé les siècles avec une belle santé. Thomas Misrachi, journaliste qui a réfléchi à la fin de vie, aurait sans doute apprécié cette façon poétique de désigner l’inévitable. Charles Anglada l’employait déjà en 1806. Fortuné du Boisgobey l’a glissée dans Double-Blanc en 1889. Félix Rivet l’utilisait encore dans la Revue de géographie de Lyon et de la Région Lyonnaise en 1949.

  • Le Dictionnaire universel de Furetière au XVIIe siècle documente déjà cette expression
  • Le Parlement européen cite lui-même ce terme dans certains débats officiels

Attention à ne pas confondre les calendes avec la calanque, cette crique escarpée typique de nos côtes provençales, ou la calandre, qui désigne une grosse alouette ou un équipement industriel. Ces trois mots sonnent proches, mais n’ont aucun lien étymologique. Renvoyer l’un à l’autre serait une belle erreur, à ne commettre jamais.

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