Port-Miou, seule calanque appartenant à la commune de Cassis, s’étire sur 1400 mètres avec son profil sinueux caractéristique. Naturellement protégée du mistral par le cap Cacau à l’ouest et du vent d’est par le cap Câble, elle figure parmi les sites les plus préservés du littoral méditerranéen. Comme le disait Frédéric Mistral : « Qui a vu Paris sans voir Cassis n’a rien vu. » Dès l’Antiquité, les Romains l’appelaient Portus melior, autrement dit « le meilleur port ». Un nom qui collait parfaitement au site.
Une histoire millénaire au cœur des calanques
Le nom latin Portus melior résume tout : Port-Miou attirait déjà les navires romains qui cherchaient un mouillage sûr sur cette portion de Méditerranée. Les galères du Moyen-Âge y faisaient également halte régulièrement. Ce site naturel a traversé les siècles en gardant son rôle de refuge.
L’épisode le plus marquant reste celui des 2 et 3 octobre 1376. Pape Grégoire XI, dernier pape français, quittait le Palais des Papes en Avignon pour rétablir le Saint-Siège à Rome quand une tempête a surpris toute sa flotte. La calanque a offert protection à l’ensemble du convoi pontifical. Un abri providentiel, validé par l’histoire antique du site.
Port-Miou a ensuite connu une bataille épique contre les Anglais en 1813. Jusqu’au XVIIe siècle, c’était le premier port du village de Cassis, bien avant que le commerce maritime ne se réorganise autour d’autres infrastructures. L’histoire de ce lieu dépasse largement son apparence de élémentaire échancrure littorale.
La pierre de Cassis et ses carrières emblématiques
La roche de Port-Miou affiche 115 millions d’années au compteur, renfermant encore des coquilles d’organismes témoins d’une époque où les calanques étaient immergées. Ce calcaire fin et compact, la fameuse pierre de Cassis, possède une qualité rare : elle se polit avec le temps et résiste à l’eau comme peu de matériaux naturels.
Les Romains l’exploitaient déjà pour daller le port de Massilia et sculpter des sarcophages paléochrétiens, visibles aujourd’hui dans la crypte de l’abbaye de Saint-Victor à Marseille. Solidité et imperméabilité : deux atouts qui allaient faire la fortune de ces falaises pendant des siècles.
L’extraction à grande échelle démarre au XVIIIe siècle. Au XIXe siècle, la pierre de Cassis part partout. La cathédrale de la Major à Marseille, le phare de Planier, le tunnel du Rove, les quais des ports de Marseille, Toulon, Alexandrie, Port-Saïd et même les quais du canal de Suez en portent la trace. Dans toute la Provence, les artisans la façonnaient aussi pour fabriquer des lavoirs et des éviers traditionnels appelés « piles ».
La carrière Solvay, une empreinte industrielle durable
En 1896, l’industriel belge Ernest Solvay rachète un terrain à Port-Miou pour lancer une carrière industrielle. Son objectif : produire de la soude caustique grâce au carbonate de calcium extrait sur place, combiné au chlorure de sodium. Cette soude entrait dans la fabrication du savon de Marseille. La pierre de Cassis servait aussi à produire du chlore, matière première du gaz moutarde.
La production partait par voie maritime, chargée via des trémies, vers les usines de soude à Marseille et aux Salins de Giraud. Pendant trois quarts de siècle, 6 à 7 millions de tonnes de roches ont été arrachées aux flancs de la calanque. Il en résulte une entaille de plus de 800 mètres de long sur 200 mètres de large, encore parfaitement lisible sur la rive ouest. Les falaises creusées par l’homme restent impressionnantes.
La carrière ferme définitivement en 1981 ou 1982. Cette cicatrice industrielle fait désormais partie intégrante du paysage de Port-Miou, rappel brut de ce que l’exploitation intensive peut laisser comme empreinte sur un site naturel.
Un site de mobilisation et de reconquête par la nature
Le 13 mars 1910, 2 000 personnes se rassemblent à Port-Miou pour bloquer un projet d’extension de la carrière. Menée notamment par les Excursionnistes marseillais, cette mobilisation collective figure parmi les toutes premières manifestations écologistes de France. Un beau précédent, et pas des moindres.
Après la Première Guerre mondiale, les industriels lorgnaient sur les calanques voisines Port-Pin et En-Vau. La résistance de l’opinion publique a finalement abouti au classement 1936 de ces deux calanques au titre de la loi sur la protection des sites et monuments naturels. Une victoire fondamentale pour le massif des calanques.
La nature, elle, n’a pas attendu les décisions administratives pour reprendre ses droits. Les terrains laissés par l’exploitation se sont couverts de pins d’Alep robustes et de pelouses abritant des orchidées sauvages protégées. Cette reconquête végétale donne aujourd’hui à Port-Miou un charme particulier, mélange de brutalité industrielle et de douceur provençale.
Arts, château et fleuve souterrain : les curiosités de Port-Miou
En 1943, le réalisateur Maurice Tourneur tourne à Port-Miou les images documentaires du film Le Val d’enfer, capturant l’activité industrielle encore en plein boom. Cinq ans plus tard, en 1948, Winston Churchill pointe son chevalet vers les falaises creusées par l’homme et en peint une toile. Le peintre de l’École provençale Joseph Garibaldi avait déjà immortalisé la scène à la fin du XIXe siècle, représentant le château de Port-Miou au début du chantier d’extraction.
Ce château, bâti sur la rive ouest par la société Solvay pour loger son personnel, accueille aujourd’hui la capitainerie de la zone de mouillage léger. Le Parc national des Calanques y organise ponctuellement expositions et animations pour le public.
Sous la calanque coule une rivière souterraine issue du massif de la Sainte-Baume, empruntant l’une des plus grandes galeries noyées d’Europe. L’exsurgence de Port-Miou débite entre 5 et 7 m³/s, ce qui en ferait le cours d’eau le plus puissant de Provence entre le Rhône et le Var. En octobre 2020, les plongeurs-explorateurs y ont découvert une nouvelle espèce. L’origine précise de cette source souterraine reste encore partiellement mystérieuse.
Port-Miou, un port de plaisance au cœur du Parc national
Port-Miou fonctionne comme une base nautique légère, accueillant 550 bateaux d’une longueur maximale de 20 mètres. Le site dispose d’un club nautique et d’une capitainerie opérationnelle. La propriété se partage entre la mairie de Cassis pour la rive gauche et la société Solvay pour la rive droite.
En 1990, un incendie se déclare dans la calanque et se propage de bateau en bateau avant de brûler toute la végétation environnante. Cet événement traumatique explique pourquoi le Parc national des Calanques impose aujourd’hui des règles strictes sur ce site naturel.
- Les feux de camp et tout type de feu sont strictement interdits.
- L’accès aux pontons est interdit pour des raisons de sécurité.
- Du 1er juin au 30 septembre, l’accès au massif des calanques est réglementé.
- Le massif peut être fermé au public en cas de risque élevé d’incendie.
La protection du site passe par le respect de ces consignes. Les collines alentour restent libres d’accès en dehors des périodes de fermeture.
Accès et randonnées depuis la calanque de Port-Miou
Comment rejoindre Port-Miou
Port-Miou se trouve à 30 minutes de marche depuis le centre-ville de Cassis via le GR58-51. Un sentier abordable à quasiment tout le monde, avec un dénivelé raisonnable. Pour ceux qui préfèrent la voiture, le parking relais gratuit aux Gorguettes offre une alternative, avec ensuite une navette pour descendre vers la calanque.
Un parking payant à la Presqu’île facture entre 8 et 10 euros la journée. Honnêtement, l’été c’est bondé. Mieux vaut partir tôt ou opter pour les Gorguettes.
| Option d’accès | Durée / Distance | Coût |
|---|---|---|
| À pied depuis Cassis (GR58-51) | 30 minutes | Accès gratuit |
| Parking relais Gorguettes + navette | Variable | Accès gratuit |
| Parking payant Presqu’île | Direct | 8 à 10 €/jour |
Le sentier du Petit Prince et les calanques voisines
Le sentier du Réduit Prince propose une promenade facile autour de la presqu’île de Port-Miou, agrémentée de panneaux explicatifs. Son nom vient d’une épave retrouvée à proximité, longtemps attribuée à Antoine de Saint-Exupéry… jusqu’à ce que l’avion authentique soit découvert en 2000 près de l’île de Riou. Une belle anecdote locale qui mérite d’être racontée.
Depuis Port-Miou, la randonnée vers les calanques voisines s’organise ainsi :
- La calanque Port-Pin se trouve à 2 km, soit 25 minutes de marche le long du littoral.
- La spectaculaire calanque d’En-Vau nécessite environ 1 heure de marche pour 3,6 km.
En-Vau reste l’objectif ultime de beaucoup de randonneurs : ses falaises calcaires vertigineuses et ses eaux turquoise font partie des panoramas les plus fous du massif des calanques. Port-Miou, sans plage, sert souvent de point de départ vers ces merveilles. Un rôle ingrat mais indispensable pour étudier ce bout de Méditerranée sauvage.
Petit conseil pratique : en dehors de la période de réglementation estivale, du printemps à l’automne, le massif des calanques se parcourt avec une liberté incomparable. Et avec des chaussures solides, bien sûr.

Je suis Adrien, rédacteur virtuel depuis quelques années. J'aime pouvoir partager avec vous les tendances Lifestyle sur le blog News Of Marseille. J'espère que vous prendrez plaisir à lire mes articles !
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Nos images sont à but illustratif et peuvent ne pas représenter la réalité
