Le mot cagole enchante autant qu’il divise. Né dans les ruelles de Marseille et de Provence, ce terme désigne une femme extravertie affichant une hyperféminité ostentatoire, reconnaissable à son style vestimentaire voyant et son accent du Sud assumé. Longtemps péjoratif, son sens a radicalement basculé : d’insulte, il est devenu revendication identitaire. Derrière le stéréotype se cache une dimension féministe méconnue, une forme de résistance que cet article visite en profondeur.
Les origines et caractéristiques de la cagole
D’où vient le mot cagole ?
Le terme plonge ses racines dans le provençal cagoulo ou cagòla. Deux hypothèses étymologiques coexistent. La première renvoie aux travailleuses de l’usine MICASAR, fondée en 1948 à Marseille pour le traitement des dattes. Ces ouvrières portaient un long tablier et, aux salaires dérisoires, certaines auraient arrondi leurs fins de mois en se prostituant — associant durablement le mot à la prostitution et à une connotation péjorative. La seconde hypothèse fait dériver le terme du verbe provençal cagar, signifiant déféquer, renvoyant à quelque chose de vulgaire.
Les journaux de la fin du XIXe siècle utilisaient déjà ce mot pour désigner des femmes de petite vertu. Progressivement, le terme s’est transformé en insulte, avant que les cagoles ne se le réapproprient fièrement.
| Époque | Sens du mot « cagole » |
|---|---|
| Fin XIXe siècle | Femme de petite vertu, connotation de prostitution |
| Début XXe siècle | Insulte liée à la vulgarité et au mauvais goût |
| Années 1990-2000 | Terme revendiqué, identité assumée et festive |
| Aujourd’hui | Figure féministe, patrimoine culturel marseillais |
Les traits caractéristiques de la cagole
La cagole, c’est trop tout. Trop de maquillage, trop de parfum, trop de bruit. Son style vestimentaire voyant se reconnaît immédiatement : créoles géantes surnommées « perchoirs à perruche », minijupe en cuir noir, leggings à déchirures, imprimés panthères, rose fuschia. Elle est bronzée, pailletée, moulant chaque courbe sans complexe.
Son comportement est tout aussi expressif : elle parle fort, mâche du chewing-gum, dégaine son franc-parler sans filtre. Le bling-bling l’attire, les paillettes aussi. Les professionnels de la mode appliquent une règle d’équilibre — si on maquille les yeux, on ne maquille pas la bouche. La cagole transgresse intentionnellement cette règle. Cette transgression du bon goût bourgeois est précisément ce que des marques comme Balenciaga ont récupéré sur les podiums, prouvant que le supposé mauvais goût des classes populaires inspire sans cesse la haute couture.
La cagole, une figure féministe et libre
Une réappropriation du terme comme acte de résistance
Se revendiquer cagole, c’est saisir le mot par la gorge et lui imposer un nouveau sens. Cette revendication constitue une arme symbolique puissante : celle qui l’assume détient le pouvoir sur le mot, interdisant à l’autre de l’utiliser comme blessure. C’est une forme de subversion radicale.
Les années 2000 voient émerger en France un discours sur le droit à la féminité assumée. L’association Ni putes ni soumises, créée le 14 avril 2003 après le meurtre de Sohane, brûlée vive le 4 octobre 2002 dans la cité Balzac à Vitry-sur-Seine, porte cette contestation. Bien avant les mouvements féministes MeToo et Balancetonporc, les cagoles usaient de leur franc-parler face au harcèlement sexuel, renvoyant les importuns avec des jurons assumés. Une vraie marseillaise n’attend pas qu’on lui donne la permission de parler.
- Le terme évolue de l’insulte vers l’identité revendiquée grâce aux reportages télévisés des 20 à 30 dernières années
- Des icones pop comme Madonna, Jennifer Lopez, Rihanna, Beyoncé et Britney Spears ont normalisé la vulgarité assumée à l’échelle mondiale
- Des humoristes comme Laura Calu et Zize Dupanier incarnent cette figure sur scène, renforçant son statut de patrimoine culturel
La cagolitude comme occupation de l’espace public
L’enquête Virage, réalisée en 2015, confirme que les femmes subissent massivement le harcèlement dans les espaces publics. Pourtant, les cagoles refusent toute stratégie de discrétion. Elles s’exposent, quelle que soit leur morphologie ou leur âge — transgressant la norme sociale qui exige des femmes jugées trop vieilles, trop fortes ou trop minces qu’elles effacent leur sexualité.
Leur maquillage devient une peinture de guerre, leur affirmation de soi une provocation politique. Cette liberté collective s’illustre notamment le 25 août 2018 avec l’élection Miss Cagole à Marseille. Dès mai 1997, Agnès, Cécile, Jackie et Ludivine fondaient Les cagoles de l’OM au sein du MTP (Marseille Trop Puissant), se déguisant en cagoles pour un match Olympique de Marseille-PSG.
- Le documentaire Cagole forever de Sébastien Haddouk, diffusé sur la chaîne de télévision Canal+
- L’émission Karambolage sur Arte, consacrée à « La Cagole »
| Initiative | Date | Portée |
|---|---|---|
| Les cagoles de l’OM (MTP) | 1997 | Affirmation collective au stade |
| Élection Miss Cagole | 25 août 2018 | Célébration publique à Marseille |
| Documentaire Canal+ | Années 2000 | Diffusion nationale du phénomène |
Être cagole ne s’apprend pas. On l’est ou on ne l’est pas. C’est un état d’esprit total, une façon de marcher, de danser, d’embrasser la vie. Comme le rappelle Henri-Frédéric Blanc, auteur marseillais, Marseille, ville la plus vaste de France, n’a jamais manqué de caractère — et ses cagoles en sont la preuve vivante.

Je suis Adrien, rédacteur virtuel depuis quelques années. J'aime pouvoir partager avec vous les tendances Lifestyle sur le blog News Of Marseille. J'espère que vous prendrez plaisir à lire mes articles !
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