François Lenglet : biographie, famille et son livre « Tant pis ! nos enfants paieront

Homme âgé tenant un livre devant des étagères

Quand je croise François Lenglet à la télé, je me dis toujours que ce type a un parcours de ouf. Fils d’une prof de lettres et d’un patron de petite boîte chimique, né en novembre 1961 à Antony dans les Hauts-de-Seine, ce journaliste économique de renom a su s’imposer comme l’un des éditorialistes les plus influents du paysage médiatique français. Sa présence quotidienne sur RTL et LCI en fait une référence incontournable pour décrypter les enjeux économiques et financiers. Ce qui passionne chez Lenglet, c’est sa trajectoire atypique : un littéraire pur jus, formé à la Sorbonne en philo et lettres modernes, devenu spécialiste de la macroéconomie sans jamais avoir obtenu le moindre diplôme dans cette discipline. Son évolution idéologique témoigne aussi d’une capacité rare à remettre en question ses convictions. Passé d’un libéralisme assumé à une posture critique de la mondialisation, il incarne cette génération de penseurs qui ont compris que le libre-échange globalisé montrait ses limites. Père de quatre enfants avec son épouse Sabine Argenti, il analyse dans son ouvrage « Tant pis ! nos enfants paieront » publié en 2016 le poids de la dette qui écrasera les générations futures. Cette analyse du déséquilibre générationnel créé par les baby-boomers résonne particulièrement dans ma ville où les jeunes galèrent à trouver du travail pendant que d’autres profitent tranquillement de leur retraite dorée.

François Lenglet et sa famille : une vie privée discrète avec quatre enfants

Dans le milieu médiatique parisien où tout se sait, François Lenglet fait figure d’exception avec sa discrétion légendaire. Marié depuis 1989 avec Sabine Argenti, également connue sous le nom de Sabine Lenglet Argenti, le couple a fondé une famille de quatre enfants. Cette discrétion contraste avec l’omniprésence du journaliste sur les écrans, où son visage reste familier aux téléspectateurs de LCI et aux auditeurs de RTL. Le couple préserve jalousement son intimité familiale, loin des projecteurs qui éclairent pourtant quotidiennement le parcours professionnel de François.

Sabine Argenti n’est pas restée dans l’ombre pour autant. Diplômée de l’École Supérieure de Commerce de Paris en 1985 avec une spécialité en marketing et communication, elle a construit sa propre carrière professionnelle. Ses débuts comme responsable de la communication chez System SA, société spécialisée dans les services du Minitel, l’ont initiée au monde de l’entreprise. Elle a ensuite bifurqué vers le journalisme indépendant, se spécialisant dans le droit et la consommation pour des magazines grand public comme Prima, Parents et Femina Hebdo.

Son virage vers la communication en entreprise s’est concrétisé chez TBWA Corporate, grande agence de conseils où elle a occupé le poste de directrice associée pendant huit ans. Avant de rejoindre la Fondation de France comme directrice de la communication en 2015, elle avait également exercé cette fonction au syndicat CFDT en 2005. À son poste actuel, elle dirige les services événementiel, éditorial et relations média de cette institution philanthropique majeure.

La famille Lenglet a choisi de s’installer dans une maison de la forêt de Sénart, au sud de Paris, non loin de l’endroit où François a grandi. En octobre 2018, Sabine a montré publiquement son soutien à son mari en publiant un tweet le montrant en pleine séance de dédicace de son livre « Tordez le cou aux idées reçues ». Cette rare manifestation publique d’affection illustre la complicité du couple malgré leur volonté constante de protéger leur vie familiale.

Des origines modestes à une formation littéraire inattendue

Les racines de François Lenglet plongent dans un milieu modeste du nord de la France. Sa mère enseignait le français et le latin, son père dirigeait une petite entreprise dans l’industrie chimique. Cette double influence intellectuelle et entrepreneuriale a sans doute forgé son regard unique sur l’économie, mêlant rigueur analytique et sensibilité humaniste. Scolarisé au collège Saint-Aspais de Melun puis au lycée de Montgeron, rien ne prédisposait le jeune François à devenir une figure majeure du journalisme économique français.

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer en voyant ce spécialiste des chiffres manipuler les statistiques de l’OCDE avec aisance, François Lenglet n’a aucun diplôme en économie. Sa formation est purement littéraire. Il a obtenu une double maîtrise en lettres modernes et en philosophie à l’université Paris IV-Sorbonne, institution prestigieuse du quartier latin parisien. Son mémoire portait sur l’interprétation existentialiste de la philosophie de Blaise Pascal, sujet qui témoigne d’une profondeur intellectuelle peu commune.

Sur le plan politique, le jeune Lenglet affichait des convictions de gauche assumées. L’élection de François Mitterrand en 1981 avait suscité chez lui un enthousiasme sincère. Il déclarera plus tard : « C’était un moment d’enthousiasme et d’espérance incontestable, un vent de fraîcheur sur la vie politique. La gauche réformiste pensait pouvoir réconcilier la justice et le marché, et sublimer tout ça dans la perspective européenne. J’ai cru à ça. » Cette citation révèle comment sa formation humaniste a façonné son approche du journalisme. Au lieu de se contenter d’aligner des données macroéconomiques, Lenglet a toujours cherché le sens social et politique derrière les statistiques, une particularité qui fait toute sa valeur dans le paysage médiatique français.

Un parcours professionnel exceptionnel dans le journalisme économique

François Lenglet a débuté sa carrière comme journaliste à l’Agence de presse A Jour entre 1983 et 1985, avant de devenir rédacteur en chef de Minitel Magazine. Mais c’est son aventure chinoise qui marquera véritablement le tournant de sa carrière. En 1986, il part s’installer à Shanghai où il enseigne la littérature française dans une université jésuite jusqu’en 1987. Cette immersion dans l’Empire du Milieu lui permet de devenir correspondant en Asie pour L’Express de 1987 à 1989. Il maîtrise encore aujourd’hui parfaitement le chinois, compétence rare parmi les journalistes économiques français. Cette période asiatique marquera profondément sa vision de l’économie mondiale et des rapports de force entre pays développés et émergents.

De retour en France, Lenglet est recruté comme journaliste chargé de l’international au magazine Science et Vie Économie entre 1989 et 1991. Son entrée au journal L’Expansion en 1991 constitue une étape décisive de sa formation. Il gravit rapidement les échelons en se formant auprès de figures tutélaires du journalisme économique français comme Gérard Moati, Henri Gibier et Bernard Guetta. Chef du service économie en 1994, rédacteur en chef en 1997, puis directeur-adjoint de la rédaction en 1998, sa progression témoigne d’un talent reconnu par ses pairs.

En 2000, il devient directeur de la rédaction du mensuel Enjeux-Les Échos. Son passage à La Tribune en 2008 fait suite à un désaccord avec Nicolas Beytout concernant la reprise en main du journal par Bernard Arnault. Recruté par Érik Izraelewicz, il devient rédacteur en chef puis directeur de la rédaction entre 2010 et 2011. Son licenciement en 2011 par l’actionnaire Valérie Decamp après son opposition à un nouveau plan de licenciements révèle son caractère et son sens de l’éthique professionnelle.

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Après ce passage difficile, il rejoint BFM Business et BFMTV comme directeur de la rédaction et éditorialiste économique, ainsi que RMC. En 2012, il intègre France 2 comme rédacteur en chef du service France. Depuis septembre 2013, il anime une chronique économique quotidienne à 8h15 sur RTL, devenue incontournable pour des milliers d’auditeurs. En 2018, après six ans sur France Télévisions, il rejoint David Pujadas sur LCI dans l’émission quotidienne « 24h Pujadas, l’info en question ». Depuis septembre 2019, il anime le magazine « Lenglet Déchiffre » tous les dimanches sur LCI.

Homme en costume assis devant des écrans de télévision

François Lenglet et son livre « Tant pis ! Nos enfants paieront » : une analyse du choc générationnel

Publié en 2016 chez Albin Michel, « Tant pis ! Nos enfants paieront » constitue l’un des ouvrages les plus personnels de François Lenglet. La thèse centrale frappe par sa clarté : les enfants des baby-boomers vont subir les conséquences des choix économiques effectués par leurs parents. Lenglet constate un déséquilibre flagrant dans les transferts sociaux de la société vers les plus de 60 ans comparés aux transferts vers les jeunes générations. Cette analyse résonne particulièrement dans un pays comme la France où la question des retraites empoisonne le débat public depuis des décennies.

L’analyse de Lenglet sur la génération des baby-boomers ne mâche pas ses mots : « A chaque étape de leur vie, les portes se sont ouvertes. Quand ils étaient jeunes, ils ont bénéficié de la liberté des mœurs. Ils se sont intégrés sur le marché du travail sans problème. Ils ont acheté leur maison en période d’inflation. Autrement dit, ils ont remboursé en monnaie de singe et, aujourd’hui, ils prennent leur retraite à un niveau financier considérable. » Cette citation illustre parfaitement le ressentiment croissant entre générations, visible dans toutes les grandes villes européennes où les jeunes peinent à accéder au logement et à l’emploi stable.

Sa critique des réformes successives du système de retraite français constitue le cœur de sa démonstration. Pour lui, « les réformes des retraites qui se sont succédées d’Édouard Balladur à François Fillon ont profité à ceux qui étaient déjà retraités, pas aux suivants. La finalité n’était pas de sauver un futur système de retraite mais de sauver celle des retraites en cours. » Cette analyse déconstruit le discours politique habituel sur les réformes nécessaires pour garantir la pérennité du système social français. Comme beaucoup d’économistes, on pourrait citer Gilles Dufrenot qui analyse ces questions macroéconomiques, Lenglet montre que les choix politiques favorisent systématiquement les électeurs les plus âgés au détriment des générations futures.

Cette préoccupation pour les inégalités générationnelles s’inscrit dans sa situation personnelle de père de quatre enfants. Lenglet ne se contente pas d’une analyse froide et distanciée. Son livre témoigne d’une inquiétude sincère pour l’avenir de ses propres enfants et de leur génération, qui devront supporter le poids de la dette publique accumulée par leurs aînés. Cette dimension personnelle confère à l’ouvrage une force émotionnelle rare dans le journalisme économique français.

Une évolution idéologique du libéralisme vers la critique de la mondialisation

Le positionnement idéologique de François Lenglet a considérablement évolué au fil des années. Bien qu’il se situe encore dans le camp des libéraux sur certains sujets, il se défend de tout dogmatisme. Depuis 2012, il s’est lancé dans une critique raisonnée de la mondialisation, se faisant l’avocat de la « démondialisation » et prônant un retour au protectionnisme. Cette conversion peut surprendre de la part d’un journaliste économique formé dans les années 1980-1990, époque où le consensus libéral dominait largement les médias français et européens.

Sa déclaration de 2018 a fait grand bruit dans le milieu : « Je le serais plutôt maintenant (marxiste). En tout cas, les clés d’explication marxistes me semblent reprendre une certaine actualité, que ce soit dans l’analyse de la propriété du capital ou le retour d’une certaine lutte des classes. » Cette phrase aurait été impensable dix ans plus tôt de la part d’un journaliste occupant une position aussi centrale dans le paysage médiatique français. Elle témoigne d’une capacité rare à remettre en question ses propres convictions face aux transformations du capitalisme mondial.

Lenglet revendique une position nuancée, voire contradictoire : « Je ne suis probablement pas tout à fait homogène au plan idéologique. Je peux être libéral pour l’analyse du marché des biens et des services, où je considère qu’il faut de la concurrence. Je peux l’être aussi sur certains aspects du marché du travail. À l’inverse, sur tout un tas de sujets, je ne serai pas du tout libéral. Notamment sur le commerce international ou sur la monnaie. » Cette approche pragmatique le distingue des idéologues purs et durs qui dominent souvent le débat économique en France.

Son livre « La fin de la mondialisation » publié en 2013 chez Fayard dresse le constat de l’échec du libre-échange globalisé. Il y écrit : « Ces inégalités ont été décuplées par l’ouverture des frontières, en particulier la mondialisation financière. Pour les réduire, comme semblent le souhaiter aujourd’hui les citoyens, il faudra réhabiliter les frontières. » Cette position le rapproche paradoxalement de certains mouvements populistes européens, même si son analyse reste celle d’un journaliste rigoureux s’appuyant sur les statistiques de l’OCDE et les travaux d’économistes reconnus. Il analyse d’ailleurs la montée du populisme comme une réponse logique à l’absence de protection face à la mondialisation : « L’idée même de marché fait de vous un être calculant et solitaire. Le succès des mouvements populistes vient du fait qu’ils se battent contre cela. »

Une méthodologie journalistique fondée sur les données et les chiffres

François Lenglet incarne un journalisme d’expertise reposant exclusivement sur les chiffres et les statistiques. Spécialiste reconnu de la statistique macroéconomique, il pratique ce qu’il appelle lui-même « une forme un peu primitive de Data Journalism ». Sa bible reste les chiffres de l’OCDE qu’il consulte en ligne quotidiennement. Il déclare : « Ma bible, ce sont les chiffres de l’OCDE que je peux avoir en ligne au lieu d’aller fouiller dans des volumes poussiéreux au château de la Muette. » Cette approche méthodique constitue la marque de fabrique de ses interventions médiatiques.

Ses sources ne se limitent pas à l’OCDE. Il utilise également les données de l’INSEE allemand, consulte religieusement le Financial Times qu’il considère comme « le meilleur journal du monde », et s’appuie sur les études d’économistes comme Patrick Artus, directeur des études de Natixis. Cette diversité de sources lui permet de croiser les données et de construire des analyses solides sur les questions macroéconomiques internationales. Sa capacité à rendre accessibles des concepts complexes fait de lui un vulgarisateur de génie, selon les mots de David Pujadas.

Son éthique professionnelle le distingue de nombreux confrères. Discret et effacé de nature, il refuse systématiquement de tutoyer les responsables politiques et décline les invitations à dîner en tête-à-tête avec eux. Cette distance professionnelle garantit son indépendance dans un milieu où la proximité entre journalistes et personnalités politiques pose souvent question. Vincent Giret, directeur de France Info, témoigne : « François est un peu hanté par l’idée de la crise, il est toujours à la recherche de la prochaine, c’est son côté un peu sombre et anxieux. »

Cette méthode a suscité des critiques virulentes. L’article du Monde diplomatique publié en octobre 2013 et reproduit sur Acrimed le dépeint comme manipulant les chiffres de manière partisane. Jean Gadrey et Mathias Reymond écrivent : « L’autre méthode consiste à partir d’une idée préconçue, et à organiser les données de façon à en suggérer la confirmation par les ‘faits’. » Samuel Gontier dans Télérama en avril 2013 critique l’utilisation de graphiques lors d’émissions politiques. Le démographe Hervé Le Bras conteste notamment un graphique établissant une corrélation entre dépenses familiales et fécondité dans 15 pays européens.

Malgré ces controverses, Éric Heyer, directeur du département Analyse et prévision de l’OFCE, salue sa rigueur : « Les journalistes qui ont une formation économique ont tendance à se transformer en économistes. Ça, Lenglet ne le fait pas. Il ne sort pas de son couloir. » Nicolas Beytout, ancien patron des Échos, résume ainsi son apport : « Il a su prendre la succession de Jean Boissonnat, qui était le pape du journalisme économique à son époque, et de François de Closets. » Cette reconnaissance par ses pairs et par les économistes professionnels témoigne de la légitimité acquise par ce littéraire devenu l’un des journalistes économiques les plus influents du paysage médiatique français. Sa bibliographie impressionnante comprend notamment :

  • « La crise des années 30 est devant nous » publié chez Perrin en 2007
  • « La guerre des empires : Chine contre États-Unis » chez Fayard en 2010
  • « Qui va payer la crise ? » chez Fayard en 2012
  • « Tout va basculer » chez Albin Michel en 2019 prédisant l’imminence d’une crise financière et politique
  • « Quoi qu’il en coûte, qui va vraiment payer » chez Albin Michel en 2020
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Je suis Adrien, rédacteur virtuel depuis quelques années. J'aime pouvoir partager avec vous les tendances Lifestyle sur le blog News Of Marseille. J'espère que vous prendrez plaisir à lire mes articles !

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