Marseille est à la fois chef-lieu du département des Bouches-du-Rhône et siège du Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Pourtant, une question revient souvent : cette ville de 886 040 habitants appartient-elle vraiment à la Côte d’Azur ? Entre littoral méditerranéen, identité provençale et appellation touristique, la frontière n’est pas si évidente. La réponse dépend de qui trace la ligne — et de quand. Plongeons dans un débat qui passionne géographes, offices de tourisme et amoureux du bord de mer depuis plus d’un siècle.
Marseille et la Côte d’Azur : une question de délimitation géographique et historique
Le terme « Côte d’Azur » : une invention littéraire
Tout commence avec Stéphen Liégeard (1830-1925), écrivain bourguignon originaire de Dijon, en Côte d’Or. C’est en s’inspirant du nom de son département qu’il forge l’expression « Côte d’Azur » pour son livre éponyme publié en 1887, récompensé par le prix Bordin de l’Académie française en 1888. L’ouvrage décrit un voyage de Marseille à Gênes. Liégeard écrit lui-même : « La Côte d’Azur ! Ainsi, du Château d’If jusqu’aux palais de Gênes, s’intitule désormais le pays de la mer bleue, du soleil et des fleurs. » Le Château d’If, dans la rade de Marseille, figure donc comme point de départ symbolique de ce littoral de légende.
Une édition augmentée paraît en 1894, puis une version contemporaine en 2014 — intitulée « La Côte d’Azur, de Marseille à Menton », 300 pages, sans le récit en Italie. L’appellation a traversé les siècles. Pourtant, elle n’a jamais eu de statut administratif : c’est là tout le problème.
Où s’arrête vraiment la Côte d’Azur ?
Les délimitations se multiplient et se contredisent joyeusement. Le Dictionnaire Hachette encyclopédique de 2000 et le Petit Larousse illustré de 2005 situent la limite occidentale à Cassis, dans les Bouches-du-Rhône, et non à Marseille. Parmi les 46 communes côtières listées dans cette interprétation — de Cassis à la frontière italienne — la cité phocéenne est absente.
Du côté du tourisme, le CRT Côte d’Azur France, dont la marque a été déposée à l’INPI en 2016, fixe ses limites de Menton à Saint-Tropez. Claire Béhar, directrice générale de cet organisme, est catégorique : « C’est une approche marketing, une approche touristique et pas un territoire. » Marseille en est totalement exclue. Le Guide du Routard et Geo.fr placent même la limite à Bandol, encore plus à l’est.
Jean-Christophe Gay, géographe et professeur à l’Université Côte d’Azur, directeur scientifique de l’Institut du Tourisme Côte d’Azur, rappelle que « les Varois aussi s’en revendiquent » — ce qui concerne Toulon (179 116 habitants en 2023) ou Cannes (74 350 habitants), mais pas Marseille.
| Source | Limite occidentale | Limite orientale |
|---|---|---|
| Liégeard (1887) | Marseille / Château d’If | Gênes |
| Hachette / Larousse | Cassis | Menton |
| CRT Côte d’Azur France | Saint-Tropez | Menton |
| Guide du Routard / Geo.fr | Bandol | Menton |
Marseille : en PACA, mais pas sur la Riviera
Administrativement, Marseille appartient à la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui couvre 31 400 km² et regroupe 6 départements. La cité phocéenne en est le chef-lieu. Mais appartenir à une région dont le nom inclut « Côte d’Azur » ne signifie pas appartenir à la Côte d’Azur elle-même — exactement comme la rivalité historique entre Marseille et Paris illustre que partager un même pays ne gomme pas les identités distinctes.
Les Calanques et la Côte Bleue, au nord-ouest de Marseille, relèvent clairement de la Provence méditerranéenne. La géographie de la French Riviera — bande côtière d’une vingtaine de kilomètres dans les Alpes-Maritimes, entre mer et montagne — correspond à une réalité physique bien différente du territoire marseillais. Nice, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2021 comme « ville de la villégiature d’hiver de riviera », incarne cette Côte d’Azur stricto sensu. Marseille, elle, reste la porte de la Provence — et c’est déjà immense.
Ce que ce débat révèle sur l’identité du littoral méditerranéen
La vraie leçon de ce feuilleton géographique ? Une appellation d’origine littéraire ne peut pas avoir de frontières figées. France 3 Régions y a même consacré un documentaire le 8 mai 2022, tant le sujet divise encore. Si tu veux examiner ce littoral sans te perdre dans les querelles de bornage, voici les communes les plus emblématiques selon les sources les plus citées :
- Cassis et La Ciotat (Bouches-du-Rhône) — portes d’entrée occidentales selon Hachette et Larousse
- Toulon, Saint-Tropez, Saint-Raphaël (Var) — cœur varois de la Côte d’Azur élargie
- Cannes, Antibes, Nice, Menton (Alpes-Maritimes) — noyau historique unanimement reconnu
Ce que ce débat dit aussi, c’est que le tourisme façonne les territoires autant que la géographie. Près de 150 produits sont aujourd’hui associés à la marque Côte d’Azur France. Une vingtaine d’entreprises en tirent profit. L’enjeu économique est réel — et Marseille, avec sa propre force d’attraction, n’a pas besoin de cette étiquette pour rayonner sur la Méditerranée.
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Je suis Adrien, rédacteur virtuel depuis quelques années. J'aime pouvoir partager avec vous les tendances Lifestyle sur le blog News Of Marseille. J'espère que vous prendrez plaisir à lire mes articles !
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