Philippe d’Orléans naît le 21 septembre 1640 au château Neuf de Saint-Germain-en-Laye, sous les canons et le Te Deum de Notre-Dame. Titré duc d’Anjou à la naissance, il devient ensuite duc d’Orléans et porte l’appellation de Monsieur, réservée au frère puîné du roi. Toute sa vie, ce prince flamboyant reste l’éternel second de Louis XIV, écarté du pouvoir malgré des talents indéniables. Son destin, indissociable de celui du Roi Soleil, se clôt le 9 juin 1701 à Saint-Cloud, laissant derrière lui une descendance qui irrigue presque toutes les familles royales d’Europe.
De duc d’Anjou à Monsieur : l’enfance et l’éducation de Philippe d’Orléans
Surnommé « le petit Monsieur » pour le distinguer de son oncle Gaston, Philippe d’Orléans grandit sous l’œil vigilant d’Anne d’Autriche. Son éducation est confiée à François de La Mothe Le Vayer, qui lui transmet le goût des lettres et des arts. Il apprend aussi le latin, le calcul, les sciences, l’équitation et l’escrime auprès de Hardouin de Beaumont et du comte Duplessis-Praslin.
La reine adopte une stratégie troublante : elle habille Philippe en fille plus longtemps que de coutume, avec rubans, parfums, mouches et pendants d’oreille. Elle le surnomme même « ma petite fille ». Certains historiens attribuent cette féminisation à Mazarin, voulant éloigner le prince de toute ambition politique, craignant la même jalousie que celle qui avait animé son oncle Gaston envers Louis XIII. Philippe joue régulièrement avec François-Timoléon de Choisy, futur abbé de Choisy, lui aussi habillé en robe sur ordre d’Anne d’Autriche.
Deux moments scellent sa conscience de subalterne : la cérémonie de majorité de Louis XIV en 1651, où Philippe réalise que son frère est désormais le Maître, puis le sacre de 1654, lorsqu’il reçoit l’ordre du Saint-Esprit des mains mêmes du roi. Dès l’enfance, la domination fraternelle structure son existence entière.
Le portrait d’un prince hors norme : apparence et personnalité de Monsieur
Saint-Simon brosse de Monsieur un tableau inoubliable : « un petit homme ventru, monté sur des échasses tant ses souliers étaient hauts, toujours paré comme une femme, plein de bagues, de bracelets et de pierreries partout ». La perruque noire et poudrée, les rubans en cascade, les parfums omniprésents : le frère du Roi Soleil cultive une apparence extravagante qui attire autant qu’elle intrigue.
La Princesse Palatine complète le tableau : elle le décrit rondouillet, aux cheveux noirs comme du jais, aux grands yeux bruns, dansant à la manière des femmes à cause de ses souliers à talons hauts. Son goût pour les parures somptueuses et les vêtements féminins transparaît dès l’enfance. Il se travestit lors des fêtes de la cour avec l’abbé de Choisy, assumant pleinement ce travestissement.
Son culte de l’étiquette, quasi maladif selon ses contemporains, le pousse à se battre pour que les titres de chacun soient scrupuleusement respectés. Il déteste la chasse et l’équitation toute sa vie, ne montant à cheval que contraint sur le champ de bataille. Ce prince à la personnalité complexe incarne un paradoxe vivant au cœur de la cour de Versailles.
Philippe d’Orléans et ses favoris : une homosexualité assumée à la cour de Versailles
L’homosexualité de Philippe est à peine dissimulée à la cour, et Louis XIV ne s’en fâche jamais ouvertement. C’est Philippe Mancini, neveu du Cardinal Mazarin, qui l’aurait initié au « vice italien », expression pudique de l’époque. Ses favoris se succèdent :
- le marquis de Châtillon
- le comte de Guiche
- le marquis de Beuvron
- le marquis de Manicamp
- le marquis d’Effiat
- le chevalier de Lorraine, pendant trente ans
Le chevalier de Lorraine, d’une grande beauté, manipule Monsieur jusqu’à sa mort. Il intrigue contre ses deux épouses, obtient les meilleurs appartements dans chaque demeure et prélève des pots-de-vin sur les accords passés. Saint-Simon note crûment que Philippe est « souvent malmené par ses favoris », gouverné et trompé sans cesse.
Louis XIV finit par faire embastiller le chevalier de Lorraine, puis le transfère au château d’If. Philippe d’Orléans boude et quitte la cour pour Villers-Cotterêts. Colbert vient avec cadeaux et supplications. Le favori est libéré mais doit quitter le royaume. Ces intrigues illustrent parfaitement la fragilité de caractère de ce prince pourtant courageux sur les champs de bataille.
Les deux mariages de Philippe d’Orléans et sa descendance
Le premier mariage de Philippe d’Orléans avec Henriette d’Angleterre est célébré le 31 mars 1661 dans la chapelle du Palais-Royal. Cette union vise à resserrer les liens franco-britanniques après la restauration des Stuart. Le couple charme la cour, mais la mésentente s’installe rapidement. Henriette meurt mystérieusement à 26 ans le 30 juin 1670. Les rumeurs d’empoisonnement impliquant le chevalier de Lorraine et le marquis d’Effiat ne s’éteignent jamais. Bossuet immortalise ce drame : « Madame se meurt, Madame est morte ».
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Le second mariage, avec Élisabeth-Charlotte de Bavière, la Princesse Palatine, est célébré le 21 décembre 1671. La première rencontre est mémorable : Monsieur prononce candidement « comment pourrais-je coucher avec elle ? ». Pourtant, une camaraderie sincère finit par s’établir entre eux.
Les enfants issus de ces deux unions marquent durablement l’histoire européenne :
- Marie-Louise d’Orléans, reine d’Espagne en épousant Charles II
- Anne-Marie d’Orléans, reine consort de Sardaigne, ancêtre jacobite
- Philippe d’Orléans, duc de Chartres, futur régent de France
- Élisabeth-Charlotte d’Orléans, duchesse de Lorraine, ancêtre de la maison de Habsbourg-Lorraine et de Marie-Antoinette
Mécène et bâtisseur : Philippe d’Orléans, protecteur des arts et des lettres
Ce prince est aussi un mécène généreux, même si sa générosité connaît des limites. C’est lui qui permet à Molière de se produire pour la première fois devant le roi le 24 octobre 1658. La troupe lui est confiée par Louis XIV et Mazarin alors qu’il n’a que dix-huit ans. Le comédien La Grange précise que les 300 livres annuelles promises à chaque comédien ne furent jamais versées. En 1665, le roi retire la troupe à son frère.
Philippe accueille au Palais-Royal l’Académie de musique et l’Académie de danse. Ses collections impressionnent : environ 750 tableaux, 300 tapisseries, une centaine de miroirs, sans compter ses bijoux et pierres précieuses. Sa richesse est considérable, son apanage regroupant 1 972 paroisses et 28 abbayes.
Ses résidences témoignent de son faste :
- Le Palais-Royal, reçu en apanage en 1692, aménagé à grands frais
- Le château de Saint-Cloud, offert par son frère en 1658, dont la galerie évoque la galerie des Glaces de Versailles
- Villers-Cotterêts et diverses seigneuries
Un stratège militaire brillant écarté du pouvoir par Louis XIV
On réduirait Philippe à sa parure et ses favoris en oubliant ses talents de stratège. Dès 1656, il fait ses preuves au siège de Montmédy avec bravoure. Lors de la guerre de Dévolution, il accompagne le roi avec vaillance. Durant la guerre de Hollande en 1672, il fait capituler Orsoy, Rhimberg et Zutphen en quatre jours seulement.
Son fait d’armes majeur reste la bataille de Cassel le 11 avril 1677, victoire décisive contre le prince d’Orange avec 6 000 prisonniers. Le maréchal de Luxembourg proclame : « Monsieur a gagné une des plus complètes batailles qui se soient données dans le contexte actuel ». Les Parisiens crient « vive le roi et Monsieur qui a gagné la bataille ».
La jalousie de Louis XIV prive alors le royaume d’un commandement militaire talentueux. Le roi applique sa propre maxime : « Il peut être avantageux à celui qui règne de voir ceux qui le touchent par leur naissance beaucoup éloignés de lui par leur conduite ». Philippe ne reçoit plus jamais de commandement majeur après cette gloire.
Philippe d’Orléans dans l’ombre du Roi Soleil : une relation fraternelle complexe
Les deux frères ont partagé les humiliations de la Fronde, et s’aiment sincèrement malgré tout. Pourtant, Louis XIV écarte systématiquement Philippe d’Orléans du pouvoir. Physiquement et moralement, rien ne les rapproche : le roi est grand, brun clair, à l’air mâle ; son frère, petit, efféminé, obsédé par sa parure.
Louis XIV contrôle les mariages de ses enfants selon ses intérêts diplomatiques, marie le duc de Chartres à une bâtarde royale légitimée en promettant des compensations jamais tenues, retire ses commandements militaires et impose ses décisions sans discussion. La jalousie du souverain face aux succès de son cadet révèle paradoxalement l’estime secrète qu’il lui porte.
Après la mort de Philippe, Louis XIV pleure beaucoup. Un contemporain résume la situation avec acuité : « le frère de Louis XIV était la seule créature humaine vivant auprès de lui sur un certain plan d’humanité et même de camaraderie ». Une solitude que même le cardinal français Jean-Marc Aveline, pressenti pour succéder au pape François, ne saurait combler.
La mort de Philippe d’Orléans et son héritage dynastique
Le 9 juin 1701, Philippe d’Orléans rend son dernier soupir à Saint-Cloud. La veille, au château de Marly, une violente dispute avec Louis XIV au sujet des mariages de leurs enfants et des infidélités du duc de Chartres l’avait profondément agité. Sur le chemin du retour, une attaque le terrasse. Le roi lui rend une ultime visite avant sa mort.
Le Dr Pierre Dionis pratique l’autopsie. En 1984, le Pr Roger Rullière diagnostique une hémorragie cérébrale liée à l’alimentation excessive, au manque d’exercice et aux saignées. Louis XIV se montre sincèrement affecté, pleurant plusieurs jours et se sentant coupable. Le chevalier de Lorraine et la Princesse Palatine restent, eux, distants. La Palatine brûle secrètement les lettres compromettantes du duc pour protéger son intimité.
L’héritage de Monsieur irrigue l’Europe entière :
- Par son fils Philippe, régent de France : toute la lignée orléaniste jusqu’à Louis-Philippe et les prétendants actuels
- Par sa fille Élisabeth-Charlotte : la maison de Habsbourg-Lorraine, Marie-Antoinette et Napoléon II
La gazette hollandaise lui rend hommage : « un prince rempli de mérite et de qualités aimables, affable et bien faisant ». Ce portrait, trop longtemps éclipsé par la gloire du Roi Soleil, mérite d’être redécouvert dans toute sa complexité.

Je suis Adrien, rédacteur virtuel depuis quelques années. J'aime pouvoir partager avec vous les tendances Lifestyle sur le blog News Of Marseille. J'espère que vous prendrez plaisir à lire mes articles !
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